Florian PIOLI – Graphiste / Web Designer

Laura Stromboni : Déclaration d’amour graphique aux femmes

Nous sommes le dimanche 8 mars et c’est la journée internationale des femmes, voilà pourquoi je suis heureux de recevoir en entrevue aujourd’hui Laura Stromboni, créatrice du compte instagram @mydearvagina : Déclaration d’amour graphique aux femmes

Vous êtes une fervente féministe, et à raison ! À quel moment avez-vous décidé d’oeuvrer pour faire en sorte que les femmes soient enfin mises sur un pied d'égalité avec les hommes en vous engageant dans votre travail de Directrice Artistique ?

Tout d’abord, je n’aime pas trop le terme “féminisme”, parce que pour moi on ne devrait pas donner un nom aux personnes qui sont pour l’égalité homme-femme, mais plutôt à ceux qui sont contre ou agissent à l’inverse. Aujourd’hui le mot “féministe” prend parfois des connotations négatives parce que les gens s’imaginent des femmes extrémistes qui tiennent des banderoles dans la rue. Alors que c’est bien réducteur ! Il ne s’agit pas du tout de ça mais plutôt de femmes qui réclament et se battent pour des droits qu’elles devraient déjà avoir.

Donc ce projet est né en mars 2018, lorsque j’ai découvert le clip de Charlotte Abramow, une réalisatrice et photographe belge : Les Passantes (une chanson de Brassens, que vous pouvez retrouver ici : https://www.youtube.com/watch?v=wKTt8Tdeb5Y) .

Je voulais déjà faire quelque chose, montrer quelque chose. À l’ère du #metoo, je ressentais de la colère, de la frustration, que j’avais besoin d’extérioriser de manière créative. Ce clip m’a donné l’impulsion que je recherchais.

Aujourd’hui je publie deux oeuvres par jour : une curation et une création. Il s’agit toujours de mises en scène artistiques (photo, peinture, sculpture, dessin…) de vulves.

Manifeste des temps modernes, My Dear Vagina est une réelle déclaration d’amour faite aux femmes et plus généralement au corps par des créatifs qui cherchent à montrer leur beauté sur papier. Cet appel à la différence, cet hymne à la nature n’a nul autre but que de célébrer le sexe féminin dans toute sa splendeur.

Votre travail semble néanmoins dépasser la simple volonté de mettre les genres sur un même pied d’égalité ! Quel est l’objectif de votre compte Instagram @mydearvagina et surtout qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Évidemment, mon compte va bien plus loin que le côté artistique,  puisqu’il y a une réelle démarche éducative, qui a pour but d’informer, d’apprendre à tous – hommes et femmes – comment est constituée l’anatomie féminine (ou l’anatomie humaine, pour parler inclusion), la différence, le fait qu’il n’y ait aucune norme… Et que chacun doit apprendre à se connaître ; ça passe par connaître son corps, s’explorer, se découvrir, se comprendre, pour être épanoui, en matière de sexualité, d’amour, ou dans sa vie en général.

J’ai eu envie de créer ce compte parce qu’aujourd’hui,  36% des femmes ont déjà ressenti de la gêne à l’égard de leur vulve, 54% considèrent que la société exerce une pression sur l’apparence qu’elle devrait avoir et surtout 62% ne savent pas définir correctement ce qu’est une vulve (source : Essity Intimate Care Survey August 2018 France, 1033 femmes).

Je veux en finir avec les tabous autour de la zone intime, que les femmes apprennent à se connaître et à s’aimer tels qu’elles sont.

Pourrions-nous parler alors de graphisme féministe ? Ou est-ce trop aventureux que de définir une forme de courant graphique en le nommant arbitrairement ?

On pourrait parler d’art féministe en tout cas, oui, parce qu’aujourd’hui, il y a énormément de femmes et d’hommes (oui oui) partout dans le monde qui créés dans ce but et qui font donc partie de ce courant. Parce qu’on en a marre de voir des pénis dessinés sur tous les murs, toutes les tables, tous les coins de feuilles depuis toujours (ou du moins bien longtemps!). Donc on rétablit en quelque sorte l’égalité ici aussi, pour ne plus que ça soit choquant ou dérangeant qu’il s’agisse d’une vulve, alors qu’on ne remarque même plus les représentations d’organes masculins qui sont pourtant omniprésentes.

Vous avez commencé un challenge graphique autour de la représentation graphique de la vulve, que pensez-vous de cet exercice ? Est-ce que cela vous aide à développer votre démarche créative ? Quels en sont les bénéfices dans votre travail ?

En effet, j’ai commencé un projet appelé One vulva a day, depuis novembre 2019, qui consiste tout simplement à réaliser une représentation de vulve par jour pendant un an, tous médiums confondus, et j’adore ça !

Il y a tellement de manière de les dessiner, de les voir, de les créer. Ça me pousse toujours à réfléchir et à voir les choses là où personne ne les voit. En plus de ça c’est drôle et participatif, j’ai plein d’amis qui me donnent des idées, qui se plient volontiers au jeu. Et on en parle, on apprend, on partage, c’est génial. 

Le résultat de ce projet sortira je l’espère dans un livre en fin d’année, 365 vulves réunies pour célébrer la diversité des corps humains, dans une démarche ludique et créative !

Je sais que vous avez exposé à Paris en collaboration avec la marque Nana, une exposition nommée Viva la Vulva, pouvez-vous nous en parler ? Quels sont les retours que vous avez pu avoir sur cette exposition ? Sont-ils négatifs ou positifs en fonction de l’objectif que vous aviez ?

Bien sûr, j’ai eu la chance de participer à ce projet et j’en suis ravie ! L’exposition a eu lieue pour le lancement de leur publicité qui a fait polémique en fin d’année. Et je soutiens complètement cette initiative et ce qu’ils ont fait.

J’avoue que je suis lassée des gens aujourd’hui qui passent leur temps à critiquer tout ce qui les entoure. Quoi qu’on fasse, on est critiqué. Il y a ceux qui n’aiment pas, ceux qui trouvent ça déplacé, ceux qui trouvent ça pas assez…
Je pense qu’au lieu de taper sur une marque qui essaie de changer et d’évoluer, on ferait mieux d’encourager et de pousser les autres marques à faire pareil.

Pour parler de l’exposition en elle-même, elle reflétait exactement ce que je fais au quotidien sur mon compte. J’ai réalisé toute la direction artistique de l’exposition, choisi les oeuvres et les artistes, et j’ai moi-même réalisé 2 photos pour l’événement. Elle était osée et ludique, et tous ceux qui sont venus la voir ont adoré !
J’ai vraiment adoré cette collaboration et je retravaillerai volontiers avec eux si j’en ai un jour de nouveau l’occasion.

Vous étiez à la 45ème cérémonie des César, et après ce qui s’est passé, on voit que les femmes ne sont pas encore respectées comme il se doit ! Dans quelle mesure pensez-vous que les designer peuvent agir pour aider à faire évoluer les mentalités et faire en sorte que, à minima, ce manque de respect ne se reproduise plus ?

Tu es bien renseigné ! 
Blague à part, j’y étais oui, étant une fervente fan du cinéma, j’ai eu la chance cette année d’y assister et quelle année.
Bien sûr j’ai été outrée, et même blessée par ce qui s’est passé.

Les choses changent dans notre société, mais bien trop lentement.

Il y a aujourd’hui une grande injustice et des événements qui ont eu lieu en toute impunité, c’est inacceptable.
Je pense en réalité que les choses changeront vraiment le jour où tous les hommes se lèveront près des femmes pour les soutenir. Parce que la triste vérité c’est que la plupart sont d’accord sur le fait que ces injustices ne devraient pas être, mais aucun d’entre eux n’agit activement contre.

Le cinéma, comme tous les arts, est fait pour rassembler les gens, célébrer la diversité et la vie. 
Et les designers, comme tous les artistes, peuvent aider à faire évoluer les mentalités en manifestant à travers leur métier, tous ensemble. 
Mais tant que la voix des hommes ne sera pas aussi forte que celle des femmes, je ne pense pas que la société changera vraiment.

Où pouvons-nous suivre votre travail et commander les stickers que vous mettez en avant en story Instagram ?

Le seul endroit où vous pouvez suivre mon travail sur ce sujet aujourd’hui est Instagram : sur @mydearvagina et @mydearvulva (où je publie uniquement mes créations du projet One vulva a day).

C’est pour ça que j’aimerais publier ce livre, sur lequel je suis en train de travailler, et qui sera aussi présenté sur un site à sa sortie, si tout se passe comme prévu !

D’ailleurs, je suis en pleine recherche d’éditeur, alors si par hasard il y en a un qui passe par là, qu’il n’hésite pas à me contacter.

Concernant les stickers, pour l’instant il suffit de m’envoyer un message sur Instagram 🙂

Merci beaucoup Laura Stromboni d’avoir répondu à mes quelques questions en cette journée internationale des droits de la femme, en espérant que les choses évoluent, grâce aux artistes engagés comme vous l’êtes.

Avez-vous quelques mots à ajouter sur votre travail ?

Merci à toi pour ton intérêt pour mon travail, et j’espère que tu auras la chance de faire des choses qui t’épanouissent et t’animent autant que ce que j’ai la chance de faire tous les jours.

À très bientôt !

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C’était une Déclaration d’amour graphique aux femmes !

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